Aromathérapie, et si nous ne pensions pas qu’à notre bien-être ?Revenu des cueilleurs, prix d’achat des plantes, et quelques réflexions sur la justice sociale et la production des huiles essentielles.Illustration : Mamy récolte les feuilles d'Oranger au Domaine d'Ambohitsara, photo Simon Lemesle, Astérale L’Aromathérapie améliore le quotidien de nombreux utilisateurs : de manière ponctuelle pour soulager les petits maux du quotidien, ou de façon plus régulière et plus profonde, à travers des applications journalières ou la pratique de la diffusion ou de l’olfaction. Prévention, équilibre émotionnel, amélioration du terrain favorable à certaines maladies, « bien-être » : les huiles essentielles tiennent une place de premier choix dans les médecines dites « naturelles ».
Chez Astérale, nous sommes particulièrement attentifs à ce que le confort apporté aux consommateurs ne se fasse pas au détriment des ressources végétales, de l’environnement, ou aux dépens des femmes et des hommes qui travaillent à la production de ces huiles essentielles. En tant que petit producteur intégré dans le tissu social et économique d’un pays en difficulté, Madagascar, la question notamment de la répartition des marges est pour nous primordiale.
Consommation et responsabilitéAujourd’hui, la plupart d’entre nous ont conscience de l’impact de leurs achats sur les filières de production, sur l’environnement et sur les conditions de travail. L’exemple du textile à bas prix, vendu sur de grandes plateformes, est parlant : au-delà de la qualité et de la durabilité des produits, les conséquences sociales et environnementales de leur fabrication sont désormais bien connues. Le marché des huiles essentielles fonctionne selon des logiques similaires : les prix bas sont souvent le reflet de filières industrielles, de conditions de distillation axées avant tout sur la rentabilité, d’une pression accrue sur les ressources végétales et de conditions sociales qui méritent d’être questionnées. Revenu des cueilleursPour illustrer concrètement l’engagement d’Astérale en matière de justice sociale, nous avons choisi de nous arrêter sur un point précis : le prix payé pour la matière végétale. Cette question est centrale car elle conditionne directement le revenu de nombreux cueilleurs, dont la récolte constitue la matière première de vos flacons d’huiles essentielles. Elle est également déterminante dans le calcul des coûts de production, de la rentabilité, et de la capacité à s’aligner, ou non, sur les prix du marché face à la concurrence. Comment définir un prix juste pour le cueilleur ? Sur quelles bases sociales ou économiques ? Quelle quantité de plante peut être récoltée par jour et par personne, et pour quel revenu vital minimum ? L’engagement d’AstéraleAstérale a une réponse simple à ces questions : nous n’achetons pas les plantes au poids. Les plantes que nous distillons sur les sites de production Astérale, qu’elles proviennent de nos cultures ou de stations de cueillette, sont exclusivement récoltées par nos équipes salariées, sous contrat, rémunérées par un salaire mensuel. Ce système est économiquement moins avantageux : il nécessite des équipes importantes sur chaque site, employées à l’année, et les coûts salariaux sont plus élevés qu’un simple achat de plantes au poids. Mais, dans notre objectif de production de haute qualité artisanale, il présente de nombreux autres avantages.
Chaque membre de notre équipe peut travailler selon ses capacités physiques, sans favoriser les personnes les plus endurantes, en encourageant l’entraide plutôt que la compétition, et en cultivant un climat de respect, de sérénité et de bonne humeur dans le travail. Dans ces conditions, nos exigences en matière de qualité des plantes sont parfaitement respectées : nos salariés sont formés, accompagnés et impliqués. Cette organisation nous permet également de maîtriser les volumes récoltés en fonction des capacités de nos distilleries, de distiller des plantes fraîches, sans stockage prolongé, et de garantir une stricte traçabilité. Notre démarche qualité est donc indissociable des conditions sociales de production. À Madagascar, ce mode d’organisation est largement marginal dans le paysage de la production d’huiles essentielles.
Le cas du NiaouliPour rendre cette question du prix au poids plus concrète, l’exemple du Niaouli est particulièrement révélateur. Nous précisons que les chiffres présentés ci-dessous ont été recueillis en 2022, lors d’une visite chez un voisin producteur à Madagascar, fournissant une huile essentielle de Niaouli certifiée biologique à un laboratoire français. Le prix payé aux cueilleurs était de 30 ariary par kilogramme de plante (soit environ 0,006 €, sur la base d’un taux de change de 1 € pour 4 900 ariary), ce qui correspond à 163 kg de plantes pour 1 €. En tenant compte d’un rendement moyen de distillation de 0,7 %, on arrive au constat suivant : un flacon de 10 ml d’huile essentielle de Niaouli issu de cette filière représente 0,008 € de revenu pour les cueilleurs.
Deux qualités en Aromathérapie ?Nous entendons parfois qu’il y aurait deux qualités d’huiles essentielles, celles de tous les jours, certes bio mais par chères et que l’on utilise un peu « à toutes les sauces », et d’autres huiles essentielles pour des applications plus « subtiles », « psycho-émotionnelles ». Nous nous opposons à cette involution de l’Aromathérapie car elle ignore les impacts de la production à bas coût et qu’elle considère les huiles essentielles comme un produit de consommation courante. Gardons uniquement des usages pointus, précis avec des huiles essentielles à destination thérapeutique pour un usage raisonné et cohérent avec la réalité de ce que sont les huiles essentielles dans la nature : une ressource incroyablement précieuse. Il nous semble essentiel de rappeler ce que représente la production de ces extraits en termes de temps et de travail, d’énergie et de ressources végétales. Et tout aussi essentiel de rappeler qu’améliorer sa santé par l’usage des huiles essentielles ne doit pas se faire au détriment de la santé de l’environnement et des travailleurs.
Débat et transparenceNous constatons malheureusement que la question des conditions sociales de production est absente des sujets de discussion dans le milieu de l’Aromathérapie. Ouvrir le débat, sans jugement ni culpabilisation, en toute transparence, nous paraît aujourd’hui indispensable pour construire des filières plus justes et plus durables. Astérale est engagé dans cette démarche depuis 2002. Derrière votre flacon, des femmes et des hommesIllustration de l'article : Mamy récolte les feuilles d'Oranger au Domaine d'Ambohitsara, photo Simon Lemesle, Astérale
Mamy est salarié depuis 8 ans au Domaine ainsi que sa femme Zefine qui s’occupe plus particulièrement de l’entretien des Poivriers. Paysans responsables, il nous semble important qu’ils conservent leur indépendance et leur autonomie. Sur la plantation nous mettons à disposition des parcelles pour nos salariés. Ils y pratiquent la culture de légumes, de manioc, l’élevage de volailles et de cochons pour améliorer leur autosuffisance alimentaire. Nous leur fournissons aussi des semences et partageons les récoltes des arbres fruitiers ou encore des caféiers.
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